Convocation d’un associé de SCI : que faire s’il ne va pas chercher le recommandé ?

Lettre recommandée convocation d'un associé

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La « convocation »* des associés à une assemblée générale est une formalité essentielle en droit des sociétés, qui doit répondre à des contraintes strictes.

*une convocation est un adressée sous forme de courrier recommandé, avec plusieurs documents qui accompagnent la lettre principale, qui comporte la date, le lieu et l’ordre du jour de l’AG. Il doit y avoir le texte des résolutions (ce sur quoi vous allez voter), le rapport du gérant (l’explication de ces résolutions dont le vote est proposé), et les informations financières en cas d’assemblée générale d’approbation des comptes.

En pratique, certains associés de SCI adoptent une attitude de mauvaise foi, en ne réclamant pas, volontairement, leur courrier recommandé ou en le retirant tardivement, afin de contester, a posteriori, la régularité de l’assemblée…

Cette situation est fréquente en cas de conflit d’associés, notamment en SCI, et elle soulève une question centrale :

Un associé de SCI peut-il bloquer la tenue d’une assemblée générale en n’allant pas retirer sa convocation ?

La réponse est non, mais sous certaines conditions.

Convocation à une assemblée générale

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Convocation à une assemblée générale : les règles de principe

En société (et notamment en SCI), les associés doivent être convoqués :

  • dans le délai légal ou statutaire (souvent, 15 jours),
  • par le mode de convocation prévu (souvent lettre recommandée avec AR, parfois simplement par courriels avec AR),
  • avec un ordre du jour précis.


L’objectif de la convocation est simple : mettre l’associé en mesure de participer à la décision collective en l’informant suffisamment en amont, sur le contenu des résolutions qui seront votées, et la date/lieu prévus à cet effet.

Mais la loi n’exige pas que l’associé lise effectivement la convocation.

Associé qui ne va pas chercher le recommandé : une situation classique

En pratique, le scénario est bien connu :

  • la convocation à l’assemblée générale est envoyée par LRAR,
  • le courrier est présenté à l’adresse de l’associé,
  • l’associé, de mauvaise foi (par habitude ou spécialement cette fois-là), ne va pas chercher le pli, ou seulement tardivement,
  • puis… il tente de contester l’assemblée en invoquant le non-respect des délais.


Ce comportement, typique en cas de conflits d’associés, est souvent invoqué pour tenter de :

  • faire annuler l’assemblée,
  • retarder une décision urgente,
  • ou faire pression sur les autres associés.

Et la véritable question : Peut-on bloquer une assemblée générale de SCI en ne retirant pas, volontairement, son courrier recommandé ?

Si tel était le cas, il suffirait à un associé de ne jamais réclamer ses recommandés pour paralyser durablement la société.

Heureusement, la jurisprudence a clairement écarté cette dérive….

Délai de convocation : la position claire de la Cour de cassation

En matière de société civile, la Cour de cassation a posé un principe fondamental :

 Cass. 3e civ., 4 octobre 1989

« Le délai de convocation des associés (court) à compter de la date d’expédition de la lettre recommandée. »

En clair le point de départ du délai est la date d’envoi du recommandé, et non la date à laquelle l’associé décide de le retirer.

Un associé qui ne réclame pas son courrier est donc quand même réputé régulièrement convoqué, dès lors que :

  • le pli a été envoyé à la bonne adresse,
  • dans le délai requis,
  • selon les formes prévues par les statuts ou la loi.

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Attention au calcul du délai de convocation

Sur le plan technique, un point mérite une vigilance particulière.

En pratique :

  • le jour d’envoi de la convocation ne se compte pas,
  • le jour de l’assemblée générale est, lui, inclus dans le délai.

Une erreur de calcul peut fragiliser l’assemblée, même en présence d’un associé de mauvaise foi.

C’est souvent sur ce terrain précis que les contestations peuvent s’élever.

Cas fréquent en SCI : une décision urgente à sécuriser

En SCI, ces difficultés apparaissent fréquemment lorsque la société doit :

  • ouvrir ou modifier un compte bancaire,
  • faire face à une pression bancaire,
  • réagir à une situation financière bloquée (loyers consignés, échéances suspendues, etc.).


Dans ce contexte, la convocation régulière des associés est indispensable pour éviter toute remise en cause ultérieure des décisions prises.

Bonnes pratiques pour sécuriser la convocation d’une AG

Pour limiter tout risque de contestation :

✔️ respecter strictement les délais légaux ou statutaires,

✔️ conserver la preuve d’expédition du recommandé,

✔️ vérifier l’exactitude de l’adresse de l’associé (en principe celle identifiée sur le KBIS **),

✔️ pourquoi doubler l’envoi par courriel quelques jours après, si le pli n’est pas récupéré (même si non exigé, évitera peut-être les contestations d’absolue mauvaise foi),

✔️ mentionner dans le procès-verbal que l’associé a été régulièrement convoqué, malgré l’absence de retrait du pli.

 

** Pourquoi est-ce indispensable que les associés de SCI mettent systématiquement à jour leur adresse sur le Kbis de la société? 

  • Pour recevoir les courriers recommandés, de la banque, du tribunal… et surtout du gérant, pour la prise de décision officielle de la société.

En résumé

  • Un associé ne peut pas faire obstacle à la tenue d’une assemblée générale en refusant de retirer sa convocation.
  • Le délai de convocation court à compter de l’envoi du recommandé, et non de sa réception effective.
  • La rigueur formelle reste la meilleure protection contre les contentieux d’associés, et notamment en matière de SCI.


A contrario, retenez bien que faire l’autruche ne sert à rien.

Ne pas aller chercher son recommandé n’est pas une bonne stratégie juridique.

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