Mon associé concurrence notre société : a-t-il le droit ? Quelles sont les limites juridiques ?

Associés signant un contrat lors d’une analyse juridique en droit des sociétés

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Un associé qui développe une activité concurrente, ou qui prend des parts sociales ou des actions dans une société concurrente, est une situation fréquente en pratique… et souvent explosive sur le plan humain comme juridique.

La question est donc inévitable : un associé peut-il librement concurrencer sa propre société ? A-t-il le droit de le faire sans en informer les autres associés ? Et surtout, comment protéger la société contre ce type de situation ?

De nombreux conflits entre associés naissent d’une mauvaise compréhension des règles applicables. Il est donc utile de les clarifier.

1 - En principe, l’associé n’est pas soumis à une obligation de non-concurrence

En droit des sociétés, l’associé n’est pas tenu, par principe, à une obligation de non-concurrence à l’égard de la société dans laquelle il détient des parts sociales ou des actions.

Cette règle s’explique par un principe fondamental du droit français : la liberté d’entreprendre et la liberté du commerce et de l’industrie.

En pratique, un associé peut donc :

  • exercer une activité concurrente à celle de la société,
  • créer ou participer à une autre structure concurrente,
  • détenir des actions ou parts sociales dans une société exerçant une activité similaire.


Et ce, sans avoir à solliciter l’accord préalable de ses coassociés, ni même les informer.

C’est souvent ce dernier point qui cristallise les tensions : il n’existe aucune obligation générale d’information préalable à la charge de l’associé.

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2. Une limite essentielle : l’interdiction de la concurrence déloyale

Cette liberté n’est toutefois pas absolue.

Même en l’absence de clause spécifique, l’associé reste tenu de ne pas commettre d’actes de concurrence déloyale à l’encontre de la société.

Peuvent notamment être qualifiés d’actes déloyaux :

  • le détournement de clientèle,
  • la désorganisation de la société,
  • l’utilisation d’informations confidentielles ou stratégiques,
  • le dénigrement de la société auprès de clients, partenaires ou fournisseurs.


Mais encore faudra-t-il les prouver.

L’associé doit donc rester loyal, sans pour autant être juridiquement soumis à une obligation de non-concurrence

En pratique, la frontière entre concurrence licite et concurrence déloyale est parfois très fine, ce qui explique la multiplication des contentieux entre associés.

3. Peut-on protéger la société contre la concurrence de ses propres associés ?

Lorsque ni les statuts de la société, ni un pacte d’associés ou d’actionnaires ne prévoient de restriction particulière :

  • l’associé n’a aucune obligation d’information,
  • il n’a pas à solliciter d’autorisation,
  • il peut librement investir ou participer à une société concurrente.


Cette situation, bien que juridiquement licite, est souvent mal vécue sur le plan stratégique ou humain.

Il est alors possible d’encadrer strictement cette liberté en amont, en insérant des clauses adaptées :

  • dans les statuts de la société,
  • ou dans un pacte d’associés / pacte d’actionnaires.


Une clause bien rédigée permet de :

  • limiter les risques de concurrence directe,
  • protéger l’activité, la clientèle et le savoir-faire de la société,
  • sécuriser les relations entre associés.


Pour être valable, la clause doit respecter certaines conditions, et notamment :

  • viser uniquement les activités réellement concurrentes de la société,
  • être limitée dans le temps,
  • être limitée géographiquement,
  • être proportionnée à l’intérêt légitime à protéger. Ici, l’intérêt légitime (protection de la clientèle, du savoir-faire, de la stratégie commerciale…) doit être clairement identifiable.


Attention
: si l’associé est également salarié de la société, une contrepartie financière devra être prévue pour la clause de non-concurrence.

Consultation juridique entre associées pour anticiper un conflit de concurrence en société

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4 - Anticiper pour pouvoir sanctionner

Prévoir une clause spécifique n’empêchera pas toujours un associé peu scrupuleux de tenter, discrètement, de prendre des parts ou actions dans une société concurrente. En revanche, cela vous permettra de le sanctionner juridiquement si la violation de la clause est établie :

  • mise en jeu de la responsabilité,
  • dommages-intérêts,
  • exclusion de l’associé (si prévue),
  • ou autres sanctions contractuelles.


Vous êtes confronté à une situation de concurrence entre associés ?

Chaque situation mérite une analyse sur mesure :

  • statut exact de la personne (associé, dirigeant, associé-salarié),
  • nature des actes reprochés,
  • clauses existantes, etude des statuts
  • stratégie préventive ou contentieuse à adopter.


En droit des sociétés, l’anticipation coûtera toujours moins cher que le conflit, pensez-y !

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